Critique Alicia
« Les autres »
de Alejandro Amenábar
2001
Dans une demeure où la lumière représente un risque, l'élément le plus effrayant n'est peut-être pas ce qu'on aperçoit... mais plutôt ce que l’on ignore.
« The others » ou « Les autres » traduit en français, est un film d’horreur et de suspense sorti en 2001 dont le réalisateur est Alejandro Amenábar. Les acteurs principaux sont Nicole Kidman dans le rôle de Grace Stewart ,Fionnula Flanagan qui joue Mme Mills, ainsi que Christopher Eccleston qui interprète Charles Stewart, Alakina Mann dans le rôle de la petite fille Anne et James Bentley dans le rôle de Nicholas.
Le réalisateur nous plonge dans l’histoire d’une femme nommée Grace Stewart et ses deux enfants, Anne et Nicholas tous les deux atteints d’une maladie les obligeant à rester dans la pénombre et à éviter tout contact avec le soleil. Ils demeurent dans un grand manoir isolé du village le plus proche, dans lequel ils attendent la venue de nouveaux domestiques. Très vite, il va se passer une série d’événements inquiétants au manoir. Anne la petite fille, dit voir et entendre des gens notamment un petit garçon nommé Victor, ce qui a le don d’agacer sa mère qui ne la croit pas. Malheureusement pour la mère, les histoires paranormales que lui raconte sa fille commencent à se manifester de plus en plus. Une succession de faits inquiétants vont se manifester progressivement tout au long du film.
Alejandro Amenábar a choisi une mise en scène plutôt simple, assez minimaliste mais efficace. La maison plongée dans la pénombre devient alors un personnage à part entière. Les cadrages resserrés, les mouvements de caméra lents et les jeux d’ombres créent un climat étouffant. Le réalisateur favorise la suggestion à la démonstration. Cela permet de renforcer l’imaginaire du spectateur et de créer une peur plus psychologique que « spectaculaire ».
Pour ce qui est de la bande son, la musique est composée par le réalisateur lui-même. Elle reste discrète par certains moments, mais joue un rôle important dans le film. Elle se manifeste aux moments clés pour intensifier la tension, sans jamais abuser du jump scare sonore. Aussi, il y a un travail sur le silence qui est digne d'attention : ces moments calmes, presque suffocants, rendent chaque bruit, souffle ou pas dans le couloir inquiétants. De simples bruits quotidiens rendent l’atmosphère pesante et le spectateur est en alerte. Le son participe à la montée en tension des scènes surnaturelles.
Au niveau du jeu d’acteur, Nicole Kidman est tout simplement impressionnante dans la peau de Grace. Elle nous fait découvrir une mère rigide, marquée par la disparition de son mari et rongée par la peur de perdre ses enfants. On la voit naviguer entre une autorité très sévère, des moments de vulnérabilité et une hystérie qu'elle tente de contenir.
Les enfants Anne et Nicholas, dégagent une maturité surprenante. Ils parviennent à exprimer à la fois la pureté de l'enfance et une « lucidité » dérangeante, face aux événements qui les entourent et qu’ils vivent. Quant aux domestiques, particulièrement Mme Mills, ils apportent une présence mystérieuse qui est à la fois rassurante et troublante, ce qui rend certaines scènes énigmatiques.
Dans ce film , Les Autres montre que la peur vient souvent de ce que l’on refuse d’accepter. Il est question de déni car les personnages ont du mal à accepter ce qui s'est passé, leurs passés. Grace et ses enfants sont en quelque sorte piégés dans ce qu’ils ont vécu. Ils sont prisonniers non pas à cause de fantômes, mais à cause de leur propre déni et de leur incapacité à faire face à la réalité. La culpabilité détruit Grace, nous pouvons le constater dans ses actes, elle cherche à tout contrôler comme pour reprendre en main une vie ou des actes, qu’elle n’aurait pas pu contrôler. Cela explique sa rigidité et sa sévérité envers ses enfants et la difficulté pour les personnages d’évoluer.
Au final, le message du film est que les véritables “autres” ne sont pas toujours ceux que l’on croit : parfois, nous nous faisons peur à nous-mêmes en refusant la vérité. Il y a également l’analyse sur l'exploration de la limite entre la vie et la mort qui sert de réflexion sur la mémoire. Le vrai film d’horreur, c’est la difficulté à oublier les fantômes de son passé, c’est pour cela que le déni est présent dans tout le film. Il est question en réalité de deuil.
Pour terminer, j’ai vraiment beaucoup apprécié le film, de part l’intrigue et l’ambiance mystérieuse qui nous laisse nous poser des questions sur ce qui a bien pu se passer, et sur pourquoi les personnages agissent ainsi. J’ai vraiment énormément aimé la fin, il y a un vrai retournement de situation auquel on ne s’attend pas. C’est un film que je recommande fortement pour les personnes curieuses et qui aiment se faire surprendre. J’aimerais également ajouter qu’il est souhaitable de regarder le film en deux fois : la première fois pour découvrir le film tout simplement et la deuxième pour analyser et faire des liens avec le retournement de situation de la fin.